Le 26 mai 2026, Abbey Road Institute Paris a accueilli Karim Ech-Choayby pour une Master Class consacrée au music business, à la direction artistique et au développement de carrière.
Directeur artistique, A&R, entrepreneur et développeur de talents depuis plus de vingt ans, Karim Ech-Choayby est venu partager avec les étudiants son expérience de l’industrie musicale française, mais aussi sa vision des nouvelles méthodes de découverte et d’accompagnement des artistes.
Cette rencontre a permis d’aborder une question devenue essentielle : comment transformer une proposition musicale en un projet artistique cohérent, identifiable et capable de s’inscrire dans la durée ?
Le parcours de Karim Ech-Choayby traverse plusieurs des principales structures de l’industrie musicale française.
Après des expériences chez Virgin Records puis EMI/Capitol, il crée son propre label, UrbanPop, au sein de Wagram. Il rejoint ensuite Universal Music et Universal Music Publishing, où il exerce différentes fonctions liées à la direction artistique et au développement de projets.
Il poursuit son parcours chez Def Jam, puis chez Columbia Records France en tant que Head of A&R.
Au cours de sa carrière, il participe à la découverte, au développement ou à l’accompagnement de nombreux artistes et projets, parmi lesquels Gims, Dadju, Damso, Kendji Girac, Slimane, Vianney, Louane, Claudio Capéo, Hoshi, Zaho, Magic System, Tyga ou encore David Guetta.
Son expérience couvre ainsi des univers très différents, de la pop aux musiques urbaines, en passant par la chanson et l’électro. Cette diversité repose néanmoins sur une même ligne directrice : identifier la singularité d’un artiste, structurer son univers et l’accompagner dans son évolution.
L’acronyme A&R signifie Artists and Repertoire. Historiquement, ce métier consiste à découvrir de nouveaux artistes et à les accompagner dans le choix de leur répertoire.
Aujourd’hui, son rôle s’est considérablement élargi.
L’A&R doit comprendre l’identité musicale de l’artiste, son image, son discours et la manière dont son projet peut évoluer. Il peut intervenir dans le choix des chansons, des producteurs, des auteurs, des compositeurs et des collaborations.
Il agit également comme un lien entre les différentes personnes impliquées dans le projet : artiste, management, label, éditeur, équipe marketing ou communication.
Ce métier exige donc à la fois une grande sensibilité artistique et une connaissance précise du fonctionnement de l’industrie musicale. Il ne s’agit pas uniquement d’identifier une bonne chanson, mais de comprendre le potentiel global d’un projet et les conditions nécessaires à son développement.
L’un des thèmes centraux de la Master Class concernait la nécessité de penser au-delà d’un titre isolé.
Une chanson peut attirer rapidement l’attention, notamment grâce aux plateformes de streaming ou aux réseaux sociaux. Ce succès ponctuel ne suffit cependant pas à construire une carrière.
Le développement d’un artiste repose sur un ensemble d’éléments cohérents : la musique, l’interprétation, l’image, le discours, les contenus proposés et la relation entretenue avec le public.
La direction artistique consiste notamment à relier ces différentes dimensions. Elle permet d’identifier ce qui rend un projet reconnaissable et de construire une continuité entre les différentes sorties.
Cela ne signifie pas qu’un artiste doit rester enfermé dans une formule. Son univers peut évoluer, mais cette évolution doit rester compréhensible et conserver une certaine cohérence.
Pour les étudiants, cette réflexion permet de replacer la production musicale dans un contexte plus large. Le choix d’un son, d’un arrangement ou d’une interprétation participe directement à la construction de l’identité de l’artiste.
Les plateformes de streaming, les réseaux sociaux et les contenus courts ont profondément transformé la manière dont les artistes sont découverts.
Un projet peut aujourd’hui atteindre un public important sans passer immédiatement par une structure traditionnelle. Les artistes peuvent publier leur musique, tester différents formats et développer leur communauté de manière indépendante.
Cette accessibilité représente une véritable opportunité, mais elle entraîne aussi une concurrence beaucoup plus forte. Une quantité considérable de musique et de contenus est publiée chaque jour.
La qualité artistique reste fondamentale, mais elle doit être accompagnée d’une stratégie de diffusion claire. Il devient nécessaire de comprendre où se trouve le public, quels contenus facilitent la découverte d’un titre et comment entretenir l’attention entre plusieurs sorties.
À travers Pilea, Phonogram et ses activités de conseil, Karim Ech-Choayby développe aujourd’hui une approche associant direction artistique, culture digitale et analyse des données.
Les données fournies par les plateformes permettent de mieux comprendre la réception d’un projet.
Elles peuvent notamment indiquer l’origine géographique des auditeurs, l’évolution du nombre d’écoutes, les titres les plus sauvegardés, les contenus qui génèrent le plus d’interactions ou les territoires dans lesquels un artiste commence à développer une audience.
Ces informations peuvent aider à prendre certaines décisions : renforcer une communication dans une ville, adapter un calendrier de sortie, identifier le morceau qui suscite le plus d’intérêt ou choisir les contenus à développer.
La data ne remplace cependant ni l’intuition ni la direction artistique. Elle décrit principalement ce qui s’est déjà produit. Elle peut éclairer une stratégie, mais elle ne doit pas dicter seule les choix créatifs.
L’un des enjeux actuels consiste donc à trouver un équilibre entre l’analyse des comportements du public et la capacité de l’artiste à proposer quelque chose de singulier.
La conviction défendue par Karim Ech-Choayby résume parfaitement cette évolution :
« Aujourd’hui, on ne crée plus seulement des chansons ; on construit des trajectoires. »
Une trajectoire artistique ne correspond pas simplement à une succession de morceaux. Elle suppose une vision, une progression et une capacité à développer un projet sur le long terme.
Elle repose également sur la collaboration entre de nombreux métiers : artistes, auteurs, compositeurs, producteurs, ingénieurs du son, managers, éditeurs, directeurs artistiques et équipes de label.
Pour les étudiants d’Abbey Road Institute Paris, cette Master Class a permis de mieux comprendre la place de la production musicale au sein de cet écosystème.
Un producteur ou un ingénieur du son ne travaille pas uniquement sur la qualité technique d’un morceau. Ses choix participent aussi à l’identité d’un artiste, à la cohérence de son projet et à la manière dont celui-ci sera perçu par le public.
Cette rencontre avec Karim Ech-Choayby a ainsi offert une vision concrète des liens entre création, direction artistique, stratégie digitale et développement de carrière.
Un grand merci à Karim Ech-Choayby pour sa disponibilité, son expérience et les nombreux conseils partagés avec les étudiants d’Abbey Road Institute Paris.
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