Les Beyerdynamic M 160 et M 130 : deux microphones à ruban complémentaires
Apparus à la fin des années 1950, les Beyerdynamic M 160 et M 130 occupent une place particulière dans l’histoire des microphones de studio. Tous deux utilisent un transducteur dynamique à double ruban, mais leurs directivités les destinent à des usages très différents.
Le M 160 est hypercardioïde : il privilégie fortement les sons venant de l’avant et atténue une grande partie des signaux latéraux. Le M 130 adopte au contraire une directivité en huit, captant de manière comparable l’avant et l’arrière tout en rejetant les côtés. Ils peuvent ainsi être utilisés séparément ou associés dans un couple stéréophonique M/S.
Comment fonctionne un microphone à ruban ?
Le microphone à ruban appartient à la famille des microphones dynamiques. À la place d’une membrane reliée à une bobine mobile, il utilise une très fine bande d’aluminium suspendue dans un champ magnétique.
Lorsque la pression acoustique met le ruban en mouvement, une tension électrique est générée. Un transformateur adapte ensuite ce signal aux entrées de préamplificateur micro habituelles.
La très faible masse du ruban lui permet de suivre rapidement les variations du son. Ce type de microphone est notamment apprécié pour la précision de ses transitoires, la restitution naturelle des médiums et un haut du spectre généralement plus doux que celui de nombreux microphones électrostatiques.
Les M 160 et M 130 emploient chacun deux rubans d’aluminium pur travaillant au sein d’un même transducteur. Chaque ruban ne mesure qu’environ trois micromètres d’épaisseur et les deux éléments sont espacés d’environ 0,5 millimètre. Le terme « double ruban » ne signifie donc pas que le microphone fournit deux canaux indépendants.
Deux classiques fabriqués depuis 1957
Beyerdynamic fabrique les M 160 et M 130 à Heilbronn, en Allemagne, depuis 1957. Leur conception acoustique a très peu évolué, même si leur connectique et leur apparence ont été modernisées au fil des décennies.
La fabrication reste largement manuelle. Les rubans sont formés puis installés dans l’entrefer magnétique à l’aide d’un microscope et de pinces. Chaque microphone est ensuite mesuré afin de contrôler notamment la sensibilité, la tension des rubans et la conformité de sa réponse.
Malgré la finesse extrême de leurs éléments mobiles, les deux modèles ont été conçus pour un usage professionnel régulier. Leur format compact facilite également leur installation autour d’une batterie, d’un amplificateur ou dans un couple stéréophonique.
Le M 160 : un ruban hypercardioïde
La majorité des microphones à ruban traditionnels possèdent naturellement une directivité en huit. Le M 160 se distingue par une directivité hypercardioïde, particulièrement rare pour cette technologie.
Il capte principalement la source placée devant lui tout en réduisant fortement les sons venant des côtés. Cette directivité facilite l’isolation d’un instrument et permet d’utiliser la douceur du ruban dans des situations où une figure en huit capterait trop d’ambiance ou d’autres sources présentes dans la pièce.
Sa réponse en fréquence annoncée s’étend de 40 Hz à 18 kHz. Son équilibre associe un grave précis, des médiums chaleureux et des aigus doux.
Le M 160 est particulièrement apprécié devant les amplificateurs de guitare. Il peut supporter des niveaux sonores élevés tout en adoucissant une partie de l’agressivité du haut-médium.
Sur une batterie, il peut être utilisé comme overhead, devant le charleston ou comme microphone d’ambiance. La faible masse de ses rubans restitue précisément les attaques, tandis que son haut du spectre relativement soyeux permet de contrôler la dureté des cymbales. Il convient également aux cuivres, aux cordes, aux guitares acoustiques et à certaines voix.
Comme tout microphone hypercardioïde, il présente néanmoins une certaine sensibilité à l’arrière. Son orientation doit donc être choisie en fonction des sources que l’on souhaite privilégier ou atténuer.
Le M 130 : une figure en huit naturelle
Le M 130 utilise le même principe de double ruban, mais adopte une directivité bidirectionnelle, également appelée figure en huit.
Il capte les sons venant de l’avant et de l’arrière avec une sensibilité comparable, tandis que les signaux arrivant à 90 et 270 degrés sont fortement rejetés. Cette caractéristique permet d’isoler les côtés tout en conservant une captation naturelle de l’espace situé devant et derrière le microphone.
Sa réponse en fréquence s’étend elle aussi de 40 Hz à 18 kHz. Il peut être utilisé sur un piano, une guitare acoustique, un amplificateur, une batterie, un orchestre ou un chœur. Son intérêt apparaît toutefois particulièrement dans la captation des ambiances et les techniques stéréophoniques.
La face arrière étant aussi importante que la face avant, son orientation dans la pièce modifie considérablement le résultat. Une acoustique agréable peut apporter de la profondeur et du réalisme, tandis qu’une pièce déséquilibrée sera également clairement entendue.
Deux M 130 croisés à 90 degrés permettent de constituer un couple Blumlein, destiné à reproduire une image stéréo réaliste accompagnée d’une forte sensation d’espace.
Le couple M/S avec le M 160 et le M 130
L’association la plus caractéristique des deux microphones est le couple M/S, pour Mid/Side.
Le M 160 est orienté vers la source et fournit le canal central. Le M 130 est placé aussi près que possible du premier, mais orienté latéralement afin de capter les informations venant des côtés grâce à sa directivité en huit. Beyerdynamic recommande précisément cette association pour les prises M/S.
Au mixage, le signal du M 130 est utilisé pour produire deux canaux latéraux de polarités opposées. Le canal gauche correspond à la somme du centre et du côté, tandis que le canal droit correspond au centre moins le côté. En modifiant le niveau du M 130 par rapport au M 160, il devient possible d’ajuster la largeur de l’image après l’enregistrement.
Cette technique offre également une excellente compatibilité mono : lorsque les informations latérales opposées sont additionnées, elles s’annulent et le signal central demeure.
Le couple M/S peut être utilisé devant une batterie, un piano, un ensemble acoustique ou comme système d’ambiance.
Gain, alimentation et précautions
Les M 160 et M 130 sont des microphones passifs et ne nécessitent pas d’alimentation fantôme. Beyerdynamic précise qu’une alimentation de 48 volts ne les endommage pas si le microphone, le câble et la connexion symétrique sont en parfait état. Il reste néanmoins prudent de la désactiver lors du branchement ou du débranchement.
Comme beaucoup de microphones à ruban passifs, ils peuvent nécessiter un préamplificateur offrant suffisamment de gain propre, notamment sur une source distante ou peu puissante.
Il convient enfin de protéger leurs rubans des déplacements d’air violents. Une bonnette ou un filtre anti-pop est recommandé devant une voix, un instrument à vent ou toute source produisant un souffle direct.
Deux microphones différents, une même identité
Le M 160 et le M 130 partagent une fabrication exigeante, une réponse rapide et une restitution douce, mais ils ne remplissent pas le même rôle.
Le M 160 convient particulièrement aux prises rapprochées, aux amplificateurs, aux batteries et aux situations nécessitant une bonne séparation. Le M 130 excelle dans la captation des ambiances, le rejet latéral et les techniques stéréophoniques.
Utilisés ensemble, ils constituent un couple M/S particulièrement cohérent. Leur longévité montre qu’une technologie développée dans les années 1950 peut rester actuelle lorsqu’elle associe une conception originale, une fabrication précise et une véritable utilité musicale.