Depuis son lancement en 1965, le Shure SM57 est devenu l’un des microphones les plus utilisés dans les studios, sur les scènes et dans les systèmes de sonorisation. Sa silhouette étroite apparaît devant les amplificateurs de guitare, au-dessus des caisses claires, face aux cuivres ou encore sur les pupitres officiels de la Maison-Blanche.
Cette longévité ne repose pas sur une technologie particulièrement complexe. Le SM57 est un microphone dynamique cardioïde, robuste et relativement simple. Sa réussite vient surtout d’un équilibre particulièrement efficace entre sa réponse en fréquence, sa directivité, sa capacité à supporter des sources puissantes et sa facilité de placement.
L’histoire du SM57 commence avec la capsule Unidyne III, développée par Shure à la fin des années 1950. Elle apparaît initialement dans le microphone Model 545, commercialisé en 1959.
Cette technologie permet d’obtenir une directivité cardioïde à l’aide d’un seul transducteur dynamique. Le microphone privilégie les sons venant de l’avant tout en atténuant ceux qui arrivent depuis l’arrière, ce qui facilite l’isolation de la source et limite les risques de larsen sur scène.
Shure reprend cette capsule pour concevoir le SM57, lancé en 1965. Les ingénieurs du son découvrent rapidement qu’il peut être utilisé sur de très nombreuses sources, notamment les batteries, les amplificateurs, les percussions et certains instruments acoustiques.
Le SM57 est un microphone dynamique à bobine mobile.
Les variations de pression acoustique mettent en mouvement une membrane reliée à une petite bobine placée dans un champ magnétique. Le déplacement de cette bobine génère un signal électrique correspondant au son capté.
Contrairement à un microphone électrostatique, le SM57 ne nécessite pas d’alimentation fantôme pour fonctionner. Sa conception dynamique lui permet également de supporter des niveaux sonores extrêmement élevés sans que son électronique interne ne sature, puisqu’il ne possède pas de circuit actif intégré.
Cette caractéristique le rend particulièrement adapté à la prise de sources puissantes : amplificateurs de guitare, caisse claire, toms, percussions ou cuivres.
La réponse en fréquence annoncée du SM57 s’étend de 40 Hz à 15 kHz. Elle n’est pas parfaitement linéaire : elle a été volontairement façonnée pour favoriser la clarté et la présence du signal.
Le microphone présente notamment une accentuation dans les médiums supérieurs. Cette bosse de présence aide une caisse claire, une guitare électrique ou un instrument à vent à rester lisible dans un mixage dense.
Son extrême grave est moins étendu que celui de certains microphones modernes. Cette limitation peut néanmoins être utile : elle réduit naturellement une partie des vibrations, du bruit de la pièce et des fréquences très graves qui ne sont pas toujours nécessaires à la source enregistrée.
Le SM57 possède une sensibilité de 1,6 mV/Pa, soit –56 dBV/Pa. Son niveau de sortie est donc relativement faible. Avec une source discrète ou un placement éloigné, il peut nécessiter davantage de gain qu’un microphone électrostatique.
Le SM57 possède une directivité cardioïde. Il capte principalement ce qui se trouve devant sa capsule et atténue les sons arrivant depuis l’arrière.
Cette directivité permet de mieux isoler une source dans un environnement où plusieurs instruments jouent simultanément. Sur une batterie, il est par exemple possible d’orienter l’arrière du microphone vers le charleston afin d’en réduire la présence dans la piste de caisse claire.
La réponse hors axe n’est toutefois pas totalement neutre. Lorsqu’un son arrive sur le côté, son niveau et son équilibre fréquentiel sont modifiés. Le placement et l’orientation du microphone restent donc essentiels.
Son système de suspension pneumatique interne contribue par ailleurs à réduire la transmission des vibrations et des bruits de manipulation.
La caisse claire est probablement l’application la plus étroitement associée au SM57.
Placée au-dessus du cercle et orientée vers le centre de la peau, sa capsule capture l’attaque de la baguette, le corps du fût et une partie du timbre produit par le timbre métallique inférieur.
Une position proche du centre produit généralement davantage d’attaque et un son plus direct. Une orientation vers le bord apporte souvent plus d’harmoniques et de résonances. La distance modifie également l’équilibre : très proche de la peau, le microphone fournit une prise isolée et précise ; légèrement éloigné, il restitue davantage le son global de l’instrument.
Lorsqu’un second microphone est placé sous la caisse claire, il faut vérifier la relation de polarité et de phase entre les deux pistes. Les peaux se déplaçant dans des directions différentes, une inversion de polarité sur l’un des microphones peut redonner davantage de corps au signal combiné.
Le SM57 est également devenu une référence pour la prise des amplificateurs de guitare.
Placé près de la grille, il produit un son direct, précis et relativement peu influencé par l’acoustique de la pièce. Face au centre du haut-parleur, le résultat est généralement plus brillant et incisif. En déplaçant le microphone vers le bord de la membrane, le son devient souvent plus doux et plus sombre.
Quelques centimètres de déplacement peuvent modifier considérablement le résultat. L’ingénieur peut donc ajuster le timbre dès la prise, sans utiliser immédiatement un égaliseur.
Le SM57 est fréquemment associé à un microphone à ruban ou à un microphone électrostatique. Le premier apporte généralement davantage de rondeur, tandis que le SM57 fournit l’attaque et la présence. Lorsque plusieurs microphones sont utilisés, leur alignement temporel doit être contrôlé afin d’éviter les annulations de phase. Shure recommande également le SM57 pour les amplificateurs de basse, les saxophones, les trompettes et les percussions.
Le SM57 est souvent comparé au Shure SM58, principalement destiné à la voix.
Les deux modèles reposent sur une architecture et une capsule très proches. Leur différence la plus visible est la grille sphérique du SM58, qui protège la capsule et agit comme un filtre anti-pop pour le chant.
Le SM57 utilise une grille plus courte, permettant de placer la source plus près de la membrane. Cette construction modifie légèrement son comportement acoustique et le rend particulièrement pratique pour les instruments, notamment lorsque l’espace est limité autour d’une batterie.
Le SM57 peut néanmoins enregistrer une voix, tandis que le SM58 peut être utilisé devant un instrument. Leur spécialisation correspond davantage à leur forme et à leur usage habituel qu’à une séparation absolue.
Depuis l’administration de Lyndon B. Johnson, le SM57 est également utilisé sur le pupitre présidentiel américain. Deux microphones sont généralement installés afin d’assurer une captation fiable et une redondance lors des discours officiels.
Cette utilisation illustre les qualités qui ont construit sa réputation : intelligibilité, directivité stable et grande fiabilité mécanique.
Le SM57 n’est pas nécessairement le microphone le plus détaillé, le plus sensible ou le plus étendu du marché. Sa force réside plutôt dans sa capacité à fournir rapidement un résultat exploitable sur de nombreuses sources.
Il supporte les niveaux élevés, s’intègre facilement dans un mixage et résiste aux contraintes du studio comme de la scène. Son caractère sonore est suffisamment marqué pour apporter de la présence, mais suffisamment polyvalent pour ne pas l’enfermer dans une seule application.
Plus de soixante ans après son lancement, le Shure SM57 reste ainsi un outil fondamental de l’enregistrement. Son succès démontre qu’un équipement n’a pas besoin d’être complexe pour devenir une référence : il doit surtout être fiable, cohérent et parfaitement adapté aux situations réelles de production.
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