Les machines qui ont marqué: MCI JH-600
À la fin des années 1970, l’enregistrement multipiste impose aux studios de gérer davantage de pistes, de routages et d’automations. Présentée en 1979, la MCI JH-600 répond à cette évolution avec une architecture in-line, un format relativement compact et plusieurs niveaux d’automation. Elle devient rapidement l’une des consoles représentatives du début des années 1980.
MCI et l’essor du multipiste
MCI, pour Music Center Incorporated, est un constructeur américain installé à Fort Lauderdale, en Floride. La marque développe des magnétophones, des consoles et des systèmes d’automation destinés aux studios professionnels.
Elle participe notamment à la généralisation des consoles in-line. Dans cette architecture, chaque tranche regroupe un chemin principal destiné à l’enregistrement et un second chemin de monitoring ou de retour magnétophone. L’ingénieur peut ainsi enregistrer une source tout en contrôlant simultanément une piste déjà présente sur la bande.
La JH-600 est proposée dans plusieurs châssis. La JH-618 accueille jusqu’à 18 modules d’entrée-sortie, la JH-636 jusqu’à 36, tandis que la JH-652 étend la série jusqu’à 52 modules. Selon la configuration, la console peut être manuelle, équipée de groupements VCA ou associée au système d’automation MCI JH-50.
Une architecture in-line complète
Chaque module contient un canal micro complet et un canal de remixage. La console offre un assignement vers 24 bus, avec panoramique pair-impair et possibilité d’assignation directe, ainsi qu’un bus de mixage stéréo ou mono.
Six départs auxiliaires sont disponibles pour les effets ou les retours casque. Une fonction BUS permet également d’utiliser les bus de groupes comme départs supplémentaires pendant le mixage.
Cette organisation correspond parfaitement au travail sur magnétophone 24 pistes. Pendant l’enregistrement, le chemin principal reçoit le microphone ou la ligne, tandis que le second contrôle le retour de bande. Au mixage, les deux chemins peuvent être employés afin d’augmenter le nombre de sources disponibles.
Une électronique largement sans transformateur
L’une des caractéristiques importantes de la JH-600 est son architecture largement sans transformateur. Les entrées micro, les entrées ligne et les sorties de bande utilisent des circuits différentiels actifs plutôt que des transformateurs.
Cette conception vise une réponse étendue, un faible bruit et une restitution plus transparente que certaines consoles plus anciennes. MCI annonçait pour le préamplificateur une réponse de 15 Hz à 20 kHz à ±0,5 dB. Deux plages de gain étaient disponibles : de 12 à 35 dB, puis de 30 à 65 dB. Chaque module pouvait aussi recevoir une alimentation fantôme commutable.
La JH-600 n’est donc pas connue pour une coloration aussi immédiatement marquée qu’une console à transformateurs. Son caractère vient plutôt de ses préamplificateurs, de ses égaliseurs, de ses amplificateurs opérationnels et du comportement de ses bus lorsque plusieurs signaux sont additionnés.
L’égaliseur de la JH-600
La version standard dispose d’un égaliseur trois bandes accompagné de filtres passe-haut et passe-bas.
La bande grave fonctionne en plateau, avec une fréquence variable de 30 à 250 Hz et une amplitude maximale de ±14 dB. La bande aiguë, également en plateau, couvre 4,6 à 16 kHz. La bande médium en cloche est réglable de 180 Hz à 10 kHz.
Le filtre passe-haut présente une pente de 18 dB par octave avec un point à –3 dB à 45 Hz. Le filtre passe-bas utilise la même pente, avec un point à –3 dB à 16 kHz.
MCI proposait aussi un égaliseur Vari-Q en option. Celui-ci ajoutait un contrôle plus poussé de la largeur de bande, avec notamment un facteur Q continuellement variable de 0,3 à 3 sur le médium. Les bandes grave et aiguë pouvaient alors fonctionner en plateau ou en cloche.
VCA, automation et solo in place
La JH-600 pouvait recevoir plusieurs types de faders. La version la plus simple était manuelle. Une seconde proposait des groupements VCA et le solo in place, tandis que la version automatisée ajoutait l’écriture et la lecture des niveaux et des mutes.
Le système JH-50 offrait des modes Read, Write et Update, ainsi que des fonctions dédiées aux mutes. À une époque où un mixage complexe pouvait nécessiter plusieurs personnes autour de la console, cette automation permettait de mémoriser les mouvements et de reprendre une balance plus facilement.
Les VCA facilitaient aussi le contrôle de groupes complets sans modifier leurs équilibres internes. Un fader pouvait ainsi commander l’ensemble d’une batterie, des chœurs ou d’une section orchestrale.
Une console conçue comme un système
La JH-600 était souvent associée aux autres appareils de la marque : magnétophone multipiste JH-24, machine stéréo JH-110 et autolocateur MCI. Un studio pouvait ainsi acquérir une chaîne cohérente provenant d’un seul constructeur.
La série pouvait recevoir des vumètres traditionnels ou des afficheurs plasma, des retours d’effets supplémentaires, des modules d’entrée stéréo, des points de patch additionnels et des adaptations pour le broadcast ou les studios mobiles.
Cette modularité explique la diversité des exemplaires encore visibles aujourd’hui. Deux consoles portant la même référence peuvent présenter un nombre de tranches, un égaliseur, une automation ou un système de visualisation différents.
Une console historique toujours utilisée
Comme beaucoup de grandes consoles analogiques de cette période, une JH-600 exige aujourd’hui un entretien régulier. Condensateurs, connecteurs, relais, alimentations et systèmes d’automation peuvent nécessiter une restauration. Sa construction modulaire facilite néanmoins le diagnostic et le remplacement de nombreux éléments.
Lorsqu’elle est correctement entretenue, elle reste une véritable console d’enregistrement et de mixage : préamplification, égalisation, sommation, routage vers les magnétophones ou la station audionumérique et création de retours casque.
Une MCI JH-636 équipe notamment le Studio B d’Abbey Road Institute Paris. Elle permet aux étudiants de travailler sur une grande console analogique in-line et de comprendre concrètement la structure de gain, l’affectation aux bus, les retours de bande, les VCA et la sommation analogique.
La MCI JH-600 représente ainsi une période charnière de l’histoire du studio. Elle associe les méthodes de travail du magnétophone multipiste aux premières formes d’automation moderne, dans une architecture suffisamment souple pour rester pertinente aujourd’hui.